Catherine LACEY

« Pendant un moment, il n’y a eu aucune voiture a qui montrer mon pouce, mais je suis restée là debout, sans même la moindre curiosité de rigueur pour ce nouveau pays (une ennuyeuse petite montagne, un lac bleu pâle, une station-service, la même que les nôtres sauf que pas exactement). J’avais les lèvres sèches et j’ai pensé au fait que les cellules de chaque corps sont en route vers un manque total d’hydratation et au fait que tous les gens qui sont en vie y pensent tout le temps mais personne ne le dit parce qu’on ne pense pas vraiment cette pensée, on l’a, c’est tout, comme on a des orteils, enfin comme la plupart des gens ont des orteils ; et ce savoir que nous sommes tous en train de nous dessécher, c’est lui qui appuie sur l’accélérateur dans toutes les voitures qui emportent les gens ailleurs que là où ils sont, ce qui m’a rappelé que je n’allais nulle part, et j’ai remarqué que pas mal de voitures étaient passées mais qu’aucune ne s’était arrêtée ni même n’avaient ralenti, et j’ai commencé à me demander ce qui arriverait si personne ne me prenait, si la première femme avait été un coup de bol et si l’auto-stop était resté dans les années 1970 avec d’autres choses désormais dangereuses – comme la peinture au plomb, certaines variétés de plastique, l’amour libre – et si j’allais resté coincée là pour toujours, à regarder passer les bagnoles, à penser à mes cellules impuissantes face à leur propre processus de dessèchement.

J’ai décidé d’avoir l’air heureux, parce que je me suis dit que les gens seraient plus enclins à prendre quelqu’un d’heureux. »

P 17-18

Personne ne disparait de Catherine LACEY aux éditions Actes Sud.

Lacey

Publié dans : Rentrée Hiver 2016 | le 19 mars, 2016 |Pas de Commentaires »

Karl Ove KNAUSGAARD

 

 

 

«  »La mémoire n’est pas un élément fiable dans la vie, pour la simple raison que la vérité n’y est pas primordiale. Et ce n’est jamais l’exigence de vérité qui détermine si la mémoire se souvient fidèlement d’un évènement ou pas, mais l’intérêt de chacun. La mémoire est pragmatique, elle est traître et rusée bien que sans animosité ni méchanceté, au contraire, elle fait tout pour satisfaire son hôte. »

P.19

Jeune homme de Karl Ove KNAUSGAARD aux éditions Denoël

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Publié dans : Rentrée Hiver 2016 | le 21 février, 2016 |Pas de Commentaires »

Jean ECHENOZ

« Il ne faut pas les regarder trop longtemps, ni les femmes car cela peut être mal pris, ni les hommes car cela peut être mal pris aussi. Restent les enfants : ce qu’il y a de bien avec les enfants, c’est qu’on peut les regarder tant qu’on veut, même dans les yeux, on peut aller jusqu’à leur sourire sans redouter de représailles. Croit-on. »

p.48

Envoyée spéciale de Jean ECHENOZ aux éditions de Minuit

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Publié dans : Rentrée Hiver 2016 | le 31 janvier, 2016 |Pas de Commentaires »

Marion GUILLOT

                                                         » J’étais le seul debout, ils

avaient l’air tout petits de mon point de vue, presque

intimidés soudainement, je me suis demandé sur qui

je devais cogner d’abord pour être le plus juste, dans

l’affaire, Rodolphe, ça paraissait évident, mais ça ne

me faisait pas plaisir de commencer par Rodolphe,

Simon ?,   avait-il vraiment mérité ça ?  Aude,  je

devais peut-être commencer par elle, ce serait le

plus éblouissant, le plus surprenant, moi, Paul

Dubois, l’homme au nom le plus commun du

monde castagner une femme jolie, juste jolie (cogner

sur les belles, ça fait mauvais genre), moi le para-

digme de la faiblesse et de la douceur (la frontière

est ténue parfois), moi, l’agneau, faisant sauter tous

les gonds en plein apéritif, autour d’un verre de

sancerre ; avec un peu de chance j’aurais un article

le lendemain dans le journal local, le quartier

commencerait à frémir de mon voisinage, peut-être

même qu’un jour, un type bâtirait un roman à partir

de mon fait divers, oui, pour que ça ait un peu

d’allure, j’étais obligé de commencer par Aude. »

p.137

Changer d’air de Marion GUILLOT aux éditions de Minuit.

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Publié dans : Hiver 2015/2016 | le 4 janvier, 2016 |Pas de Commentaires »

Joe R. LANSDALE

« Tel père, tel fils ! Terry nous avait raconté que le nouveau

mec de sa mère était du genre à trouver encore incroyable

d’être obligé de payer cinq cents à des gens de couleur pour

deux heures de boulot et à penser que les travailleurs noirs

auraient dû se recruter à l’endroit où il achetait ses mules. »

p.92

Les enfants de l’eau noire de Joe R. LANSDALE aux éditions Denoël

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Publié dans : Hiver 2015/2016 | le 28 décembre, 2015 |Pas de Commentaires »

Adalbert STIFTER

« Si l’on veut vraiment, de ces choses charmantes

qui font que l’on aime se perdre dans les détails,

récolter des fruits, me dit plus tard le major, il faut les

exploiter, et chercher à dépasser largement les autres

qui y travaillent eux aussi. »

P.34

Brigitta d’Adalbert STIFTER aux éditions Cambourakis

 

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Publié dans : Hiver 2015/2016 | le 27 décembre, 2015 |Pas de Commentaires »

Eugen RUGE

« Ça aussi, ça m’avait énervé : que l’Anglais m’ait juste

fait un compliment, comme on complimente un gamin

à l’école :

  Mais c’est super (exciting) ! Ça va être un énorme

succès ! Il faut absolument que tu continues ! Etc.

  Il me demanda mon nom complet pour qu’il puisse

repérer le livre quand il paraîtrait. Et comme je lui avais

déjà indiqué mon prénom, je dis :

  Handke. Peter Handke.

  Puis nous ne dîmes plus rien – ou si ? »

p.85

Le chat andalou d’Eugen RUGE aux éditions Les escales.

9782365691420

 

 

Publié dans : Hiver 2015/2016 | le 19 décembre, 2015 |Pas de Commentaires »

Isaac BABEL

Les sons qui sortaient de mon violon crissaient comme de la limaille de fer. Même moi, ces sons m’écorchaient le cœur, mais mon père ne voulait pas renoncer.

p.79

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(Histoire de mon pigeonnier) Oeuvres complètes d’Isaac BABEL aux éditions Le bruit du temps.

Publié dans : Au fil des jours | le 23 novembre, 2015 |Pas de Commentaires »

Michel LEIRIS

19 août.

Suite des histoires de Mamadou Vad : celle de la grande bataille du singe et du chien ; celle du marabout qui, entré dans le derrière d’un éléphant pendant le sommeil de ce dernier, lui marcha par mégarde sur le cœur en sortant et se trouva coincé par suite d’une contraction du sphincter..

p.122

 

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L’âge d’homme précédé de L’Afrique fantôme  de Michel LEIRIS, Bibliothèque de la Pléiade.

Publié dans : Au fil des jours | le 18 novembre, 2015 |Pas de Commentaires »

Mathias ENARD

Entretemps, il y avait eu Félicien David, Delacroix, Nerval, tous ceux qui visitèrent la façade de l’Orient, d’Algésiras à Istanbul, ou son arrière-cour, de l’Inde à la Cochinchine; entretemps, cet Orient avait révolutionné l’art, les lettres et la musique, surtout la musique : après Félicien David, rien ne serait comme avant. Cette pensée est peut-être un voeu pieux, tu exagères, dirait Sarah, mais bon Dieu, j’ai démontré tout cela, j’ai écrit tout cela, j’ai montré que la révolution dans la musique au XIXe et XXe siècles devait tout à l’orient, qu’il ne s’agissait pas de « procédés exotiques », comme on le croyait auparavant, que l’exotisme avait un sens, qu’il faisait entrer des éléments extérieurs, de l’altérité, qu’il s’agit d’un large mouvement, qui rassemble entre autres Mozart, Beethoven, Schubert, Liszt, Berlioz, Bizet, Rimski-Korsakov, Debussy, Bartók, Hindemith, Schönberg, Szymanowski, des centaines de compositeurs dans toute l’Europe, sur toute l’Europe souffle le vent de l’altérité, tous ces grands hommes utilisent ce qui leur vient de l’Autre pour modifier le Soi, pour l’abâtardir, car le génie veut la bâtardise, l’utilisation de procédés extérieurs pour ébranler la dictature du chant d’église et de l’harmonie, pourquoi est-ce que je m’énerve tout seul contre mon oreiller maintenant, sans doute parce que je suis un pauvre universitaire sans succès avec sa thèse révolutionnaire dont personne ne tire aucune conséquence.

P.120

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Boussole de Mathias ENARD aux éditions Actes Sud

Publié dans : rentrée automne 2015 | le 9 novembre, 2015 |Pas de Commentaires »
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