Catherine LACEY

« Pendant un moment, il n’y a eu aucune voiture a qui montrer mon pouce, mais je suis restée là debout, sans même la moindre curiosité de rigueur pour ce nouveau pays (une ennuyeuse petite montagne, un lac bleu pâle, une station-service, la même que les nôtres sauf que pas exactement). J’avais les lèvres sèches et j’ai pensé au fait que les cellules de chaque corps sont en route vers un manque total d’hydratation et au fait que tous les gens qui sont en vie y pensent tout le temps mais personne ne le dit parce qu’on ne pense pas vraiment cette pensée, on l’a, c’est tout, comme on a des orteils, enfin comme la plupart des gens ont des orteils ; et ce savoir que nous sommes tous en train de nous dessécher, c’est lui qui appuie sur l’accélérateur dans toutes les voitures qui emportent les gens ailleurs que là où ils sont, ce qui m’a rappelé que je n’allais nulle part, et j’ai remarqué que pas mal de voitures étaient passées mais qu’aucune ne s’était arrêtée ni même n’avaient ralenti, et j’ai commencé à me demander ce qui arriverait si personne ne me prenait, si la première femme avait été un coup de bol et si l’auto-stop était resté dans les années 1970 avec d’autres choses désormais dangereuses – comme la peinture au plomb, certaines variétés de plastique, l’amour libre – et si j’allais resté coincée là pour toujours, à regarder passer les bagnoles, à penser à mes cellules impuissantes face à leur propre processus de dessèchement.

J’ai décidé d’avoir l’air heureux, parce que je me suis dit que les gens seraient plus enclins à prendre quelqu’un d’heureux. »

P 17-18

Personne ne disparait de Catherine LACEY aux éditions Actes Sud.

Lacey

Publié dans : Rentrée Hiver 2016 |le 19 mars, 2016 |Pas de Commentaires »

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