Serge JONCOUR

« Parfois j’ai le sentiment que je ne rencontrerai plus personne, j’ai cette conviction-là, que plus jamais je n’arriverai à plaire et à aimer, tout ça parce que je ne suis plus disposé à feindre ou à mentir, que je me présente résolument sous mon aspect réel, sans plus dissimuler mes peurs et mes défauts. »

p.181

Joncour

L’écrivain national de Serge JONCOUR aux éditions Flammarion, 21 euros. 

 

Serge Joncour a séjourné à Donzières, une petite ville du Morvan, dans le cadre d’une résidence d’auteur. Reçu par un couple de libraires, logé à l’hôtel du Monarque sur la place principale où se tient chaque mercredi le marché. C’est là que l’on s’informe et disserte sur l’affaire de la disparition du patriarche Commodore. 

 

Serge Joncour découvre les détails de cette affaire dans le journal local. Surtout, il s’éprend du visage de la jeune femme photographié pour l’article, une certaine Dora, compagne d’Aurelik que la police suspecte et qui est emprisonné suite à l’enquête de la disparition du vieux Commodore au lieu-dit de l’Epeau. En effet, on a eu tôt fait d’accuser les voisins de Commodore, Dora et son compagnon, ce dernier confondu par une tâche de poudre sur les doigts.

 

Défini par le maire de la ville en tant qu’écrivain national, Serge Joncour est tenu par des obligations mondaines où il ne cesse d’intriguer et de décevoir. Cette affaire Commodore l’obsède et plus précisément la belle Dora. A bord du véhicule que lui prête les libraires, il vient chaque jour à l’Epeau et s’en retourne chaque jour traumatisé par les rencontres occasionnées. 

 

Les rendez-vous chez monsieur le maire, à la bibliothèque, à la librairie ou encore à son hôtel sont tronqués par ses incessantes expéditions à l’Epeau. Toute la ville sait que « l’écrivain national » occupe son temps auprès de Dora. 

 

De cette atmosphère fortement provinciale, Serge Joncour questionne le rôle de l’écrivain, son statut auprès des gens de peu. Le rayonnement de celui qui a pouvoir d’écrire, dont on publie les livres, est une source d’admiration chez autrui, de vénération parfois et de convoitise encore mais également de sarcasmes et de rejets. Les doutes de Serge Joncour refont surface et s’ouvrent en lui de régulières crises d’identité. 

 

La population de Donzières, refermée sur elle-même comme s’il y avait mille secrets à préserver, est composée, tout compte fait, de personnes vers qui il faut aller afin d’ouvrir leur carapace. 

 

C’est ainsi que « l’écrivain national » élucidera l’affaire Commodore, qu’il comprendra les tourments de Dora tout comme les habitants de Donzières retrouvés à la toute fin du livre, sur la place du marché où trône en grand seigneur « l’écrivain national » à la terrasse d’un café.

 

Subtil et prudent, Serge Joncour, en réponse à ses lecteurs rencontrés à Donzières, élude quant à la réalité de ses histoires. Ses secrets de fabrications restent intacts et d’ailleurs Donzières n’existe pas.
FB

 

 

 

Publié dans : rentrée automne 2014 | le 15 novembre, 2014 |Pas de Commentaires »

Nathalie KUPERMAN

« Je me suis souvenue que j’avais été fière d’elle. On ne discute pas avec les racistes, on frappe.«  

p.133

Recto

La loi sauvage de Nathalie Kuperman, éditions Gallimard

La loi sauvage ne prétend pas étudier la difficulté d’une femme à élever seule un enfant mais en révèle néanmoins des aspects primordiaux. Nathalie Kuperman expose ces derniers par des voies, tantôt détournées, tantôt frontales.

Sophie, la narratrice de La loi sauvage, est, selon sa fille Camille qui l’assure à sa maîtresse en toute bonne foi, un écrivain. A ce propos, la liaison mère-fille-maîtresse constitue le fil directeur de La loi sauvage. Si la maîtresse, au sujet de Camille, déclare à Sophie « votre fille, c’est une catastrophe… », elle semble ignorer, dans son irresponsabilité plus tard avérée, les effets dévastateurs et irréparables qui opèrent chez Sophie.

Sophie n’est d’abord pas un écrivain, elle rédige des notices d’utilisation pour un fabricant d’électroménager. Et voici que le roman glisse vers une démonstration jubilatoire qui n’est pas sans rappeler l’obsédant Univers, univers de Régis Jauffret. Une mécanique du rire s’enclenche à la lecture du mode d’emploi que Sophie consacre à un four électrique. Nathalie Kuperman dose savamment ses digressions liées à cette mise en marche du four électrique pendant que sa fille Camille joue dans la baignoire.

De la salle de bain, Sophie entend moult scénarios plus cruels les uns que les autres que Camille applique à ses poupées et autres jouets d’accompagnements. Camille, encore, chante à tue-tête la Marseillaise si sa mère l’interroge sur sa journée passée à l’école. Camille, toujours, que Sophie doit rassurer à propos de tout et n’importe quoi. Sophie aussi,  qui s’applique quant à elle à faire ressortir un terrible traumatisme d’école. Sans compter, chez Sophie, enfin, que l’absence du géniteur qui a quitté soudainement le domicile conjugal ravive des sentiments amoureux.

Ultime parade à ce désarroi, la vie rêvée de la maîtresse que Sophie se raconte dans un esprit vengeur.

La loi sauvage est l’univers triste et drôle d’une femme dont la vie ne tient que par l’amour de sa fille. 

F.B.

Publié dans : Non classé, rentrée automne 2014 | le 18 octobre, 2014 |Pas de Commentaires »

James SALTER

 

« Vous pilotez toujours?

- Bien sûr ! Je décolle régulièrement d’Andrews en ce moment.

- J’ai entendu dire que vous aviez un général nègre dans l’aviation, poursuivit Eddie.

- On dit l’ »armée de l’air » aujourd’hui.

Page 99

Couv Et rien d'autre

 

Et rien d’autre de James SALTER aux éditions de l’Olivier

 Voici, pour cette année encore, le coup parfait: il est réalisé par les éditions de l’Olivier qui parviennent à damer le pion à tous leurs concurrents…

 Lorsque ce n’est pas Franzen, Eugenides, Ford ou quelqu’un d’autre de la réserve exceptionnelle d’auteurs américains de l’écurie d’Olivier Cohen, voilà le doyen de la maison que peu ont lu (il n’a rien publié depuis une trentaine d’années) et qui s’impose sans discussion possible dès le mois d’août comme l’événement de la rentrée littéraire.

 Et rien d’autre, « All that is » en anglais, expose l’itinéraire de Philip Bowman (que l’on peut très bien entendre en franglais comme « bel homme ») qui apparaît à bord d’un navire de guerre dans le Pacifique, avec l’attitude indécise de la plupart des jeunes gens de son âge. Il s’épaissira peu à peu jusqu’à incarner l’archétype du séducteur intellectuel new-yorkais. Philip Bowman aura été auparavant marqué par un mariage raté qui lui servira tout au long de sa vie comme un repère, un phare signalant les écueils que sa relation avec les femmes pourrait rencontrer. En effet, ces dernières défileront dans sa vie avec de nombreux points d’extases au regard des quelques désagréments passagers que notre héros aura rencontrés.

 Enid, Christine, Anet, Ann succombent tour à tour dans les bras de cet homme lancé dans une carrière confortable d’éditeur.

James Salter procède dans son écriture par des instantanés comparables aux épiphanies que James Joyce avait définies avant lui. Ainsi la vie de Philip Bowman s’apparente à un kaléidoscope, un palais des souvenirs où les pays, les villes, les hôtels, les maisons s’emboîtent et forment une histoire américaine ouverte sur le monde, une histoire new-yorkaise…

 Tout n’est pas égal dans cet enfilage d’instants gracieux, la patte de James Salter produit un effet glissant, synthétique et virtuose, on le perçoit très bien quand il décrit l’histoire récente de l’Amérique. La guerre du Pacifique, du Vietnam, l’assassinat de Kennedy sont abordés sommairement mais avec conviction. Le milieu littéraire garde quant à lui tout son mystère, James Salter en propose quelques portraits mais il ne cherche pas à le réduire à des recettes, ni à des anecdotes. Le métier d’éditeur semble se dissoudre dans les voyages et les rencontres et sert de carte de visite à Bowman, cet homme délicieusement placide, nostalgique du seul moment où il se sentit un homme d’action, ses années de guerre…

F.B.

Publié dans : rentrée automne 2014 | le 20 septembre, 2014 |Pas de Commentaires »

Amélie NOTHOMB

 

 

 

« La France est ce pays magique où le plus commun des troquets peut vous servir n’importe quand un grand champagne à température idéale. »

Page 28

Amélie NOTHOMB petronille-481726-250-400

Pétronille d’Amélie NOTHOMB chez Albin Michel

 

Pétronille mais parce qu’elle pétille ! Voilà…

Ode véritable au Champagne dont les marques citées pourront apprécier la publicité gratuite offerte par l’auteur, Pétronilleinvite aussi à déambuler dans les coulisses de la vie d’un écrivain très célèbre.

Amélie Nothomb, que ce soit vrai ou faux peu importe, s’est mise en tête, il y a longtemps de cela, de trouver un compagnon ou une compagne de beuverie.

Une certaine Pétronille Fanto s’est révélée être une complice idéale. On reconnaîtra facilement derrière ce pseudo qui brille impeccablement, Stéphanie Hochet, l’auteur entre autre deMoutarde douce, une fréquentation de longue date d’Amélie Nothomb. Depuis précisément la réception d’une lettre écrite alors par une lectrice inconnue et admirative.

Le récit de cette amitié construite à coups de bulles de Champagne comporte de nombreuses scènes d »anthologie » qui fonctionnent plutôt bien. La boisson légère et enivrante convient à Amélie Nothomb qui sans creuser les affres de son existence, l’autofiction n’étant pas encore sa religion, se contente de dispenser avec élégance quelques leçons de vie encadrées par des auteurs vers lesquels son lectorat a peu de chance de se précipiter.

Mais bon, le millésime Nothomb 2014 se porte bien, il est fruité, charnu et onctueux mais ne tient hélas que peu de temps en bouche.

F.B.

Publié dans : Non classé | le 6 septembre, 2014 |Pas de Commentaires »

Emmanuel CARRERE

 

 

 

Je me doute que quand paraîtra ce livre on me demandera : « Mais alors, finalement, vous êtes chrétien ou non ? ». Comme, il y a bientôt trente ans : « Mais alors, finalement, la moustache, il l’avait ou non ? ». Je pourrais finasser, dire que si je me suis échiné à écrire ce livre c’est pour ne pas répondre à cette question. Pour la laisser ouverte, y renvoyer chacun. Ce serait bien mon genre. Mais je préfère répondre.
Non.

P. 354

images

Le Royaume d’Emmanuel CARRERE aux éditions P.O.L.



Emmanuel Carrère réalise pour cette rentrée littéraire 2014 de quoi le démarquer tout à fait des autres productions romanesques qui l’accompagnent en cette saison.


Oui bien sûr ce cruel besoin de catégoriser une oeuvre à de quoi énerver, quelle rassurante façon de trouver le bon tiroir pour classer et dans le même temps oublier parallèlement un écrit ? Surtout qu’Emmanuel Carrère cherche délibérément les ennuis et on se doute qu’il va rencontrer bon nombre de lecteurs irrités par une approche un peu trop moderne de la religion catholique. L’auteur a dû s’y préparer et peut-être même souhaiter l’apparition d’une levée de bouclier en ces temps où le catholicisme est souvent pris en otage par des radicaux, des ultras, bref toute une marge extrémiste comme notre époque nous en fournit tant.


Alors Emmanuel Carrère devra bien descendre dans l’arène et ne sera pas toujours certain de l’issue du combat car il paraît peu probable que les débats s’élèvent à la hauteur où il a voulu placer son livre. Ce serait d’ailleurs bien dommage car l’auteur semble en savoir long par exemple sur les évangiles sans faire non plus étalage de tout ce qu’il a lu et compris, mais quand même, il faut bien tôt ou tard citer ses sources et elles sont ici très nombreuses .
De son propre aveu, et c’est une assez longue première partie du livre, Emmanuel Carrère est un ancien pratiquant qui poussa loin sa pratique accompagnée comme il se doit pour un écrivain de ce calibre de lectures érudites . Il y eut même une part un peu délirante dans cette acceptation d’une vie entièrement tournée vers Dieu. Puis cela cessa, Emmanuel Carrère cessa de croire mais garda une fascination pour les évangiles et nous voilà partis pour une étude commentée et documentée de la vie de Paul, de Luc, de Jean, de Marc, Mathieu etc..


Emmanuel Carrère, et voilà sans doute une source d’agacement bien compréhensible mais elle est assumée, ne se perd jamais de vue. Que ce soit dans ses années de foi ou de non foi, nous sommes toujours encadrés par la vie de l’auteur qui ne manque pas de soubresauts ni de crises intellectuelles. De l’autofiction pure et dure telle qu’elle est désormais incontournable chez nos écrivains. Carrère, certes, manie celle-ci depuis un certain temps et n’est pas le moins talentueux pour narrer ses ébats autocentrés. Ils sont au demeurant souvent éclairants sur la progression spirituelle de cet homme qui a vaillamment cherché à comprendre ce Royaume, sa genèse ainsi que son expansion qu’il reconnait lui-même tenir du miracle (bien qu’il ne goûte que fort peu aux miracles).


Alors oui, il y a beaucoup de pages qui tiennent du roman dans le Royaume, son histoire tend vers cela tant il y a de possibilités d’interpréter ou de combler des vides. Emmanuel Carrère s’engage notamment dans les vies qu’il aime, celle de Paul et de Luc et n’hésite jamais à reprendre une première version des faits pour en trouver une autre et le livre chemine parfois longuement surtout après l’aveu de la page 354 où l’on croit enfin savoir à quoi s’en tenir. Mais rien n’est vraiment simple dans cette affaire de croyance, surtout lorsque l’on a affaire à quelqu’un d’aussi intelligent et qui ne s’en vante pas.


Cependant l’épilogue réserve une étonnante et même splendide surprise, comme si tout le livre n’avait été écrit que pour cette fin qui tient au sublime et trouble véritablement le lecteur. On ne peut alors douter de l’importance pour l’auteur de l’ouvrage qu’il nous tend, il y a mit le plus intime et le plus complexe de ses réflexions, de ses doutes et de ses attentes et il doit cela au Royaume, cette étrange règne qui selon lui touche à sa fin et à qui il rend au final un vibrant hommage.

F.B.

Publié dans : rentrée automne 2014 | le 17 août, 2014 |Pas de Commentaires »
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